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Légaliser ou abolir la prostitution : sortir du statu quo, oui mais pour faire quoi ?

A l’occasion de notre dernier débat entre bénévoles, nous nous sommes posé l’épineuse question de la prostitution. 


Un sujet complexe tant il est générateur de tensions voire de scissions chez les féministes. Des représentations aux antipodes s’affrontent avec, pour les plus mobilisées en faveur de la reconnaissance du travail du sexe (TDS), la conviction que se prostituer devrait représenter un droit, celui de disposer de son corps, et qu’elle peut être une prise de pouvoir sur les hommes. A contrario, pour d’autres, on observe un farouche désir de voir proscrite la prostitution, assimilée à une violence et une énième prise de pouvoir des hommes sur le corps des femmes.


Entre ces deux positions idéologiques : des situations concrètes, des parcours de vie complexes et des violences qui, selon nous, invitent à penser le sujet avec des pincettes.

S’il existe des femmes pour lesquelles la prostitution est exercée par choix et pour qui la reconnaissance de leur statut de travailleuse du sexe représenterait une avancée sociale majeure en matière de sécurité financière (accès au système de retraite par exemple) comme physique et psychologique (l’encadrement réglementaire limiterait les violences auxquelles elles sont exposées), certains chiffres interpellent. 

L’âge moyen d’entrée dans la prostitution (14 ans), le % de femmes jeunes (75% ont entre 15 et 25 ans), le nombre de jeunes issues de l’ASE qui se prostituent, les études réalisées en Allemagne et en Suisse (où le statut est reconnu) qui témoignent d’une forte tendance des travailleuses du sexe à avoir connu des violences sexuelles étant jeunes. Qu’ils soient représentatifs ou non de l’ensemble de la population des femmes qui se prostituent, leurs caractères convergent et plus pragmatiquement le simple fait que ces populations précaires, fragilisées, vulnérables fassent partie des femmes qui se prostituent est alarmant et préoccupant. Sans compter ce que ces chiffres nous disent de l’appétit pédo-criminel d’un certain nombre de clients et que ceux-ci sont quasiment uniquement des hommes !


Sur un plan plus conceptuel, nous nous interrogeons sur la portée symbolique de la légalisation de la prostitution. Si elle pose effectivement un cadre sécurisant ne poserait-elle pas aussi une forme « d’autorisation » ? N’entraînerait-elle pas une légitimation là aussi préoccupante, normalisant une pratique qui peut tout aussi bien être bien vécue que mal vécue. Ce corps qui s’échappe, qui devient objet le temps de la transaction, il faut pouvoir le gérer, être solidement ancrée mais aussi suffisamment agile pour se le réapproprier une fois la transaction terminée. On ne peut s’empêcher de penser qu’être précaire ou avoir été victime de violences dans son parcours de vie peut rendre complexe cet ancrage, cette agilité, cette gestion. Vient également la question de la liberté de disposer de son propre corps, lequel n’est pas un droit total en France puisque certaines choses sont aujourd’hui interdites comme le fait de vendre ses organes.


Cette normalisation nous paraît également insidieusement porteuse de messages que nous peinons à cautionner : « la prostitution a toujours existé, elle existera toujours, il faut s’adapter à une réalité, les hommes ont des besoins sexuels. S’ils ne sont pas assouvis, alors… ». Ceci nous apparaît comme une fausse contrainte à questionner. 

Pour commencer, la menace d’une explosion des agressions sexuelles est infondée : un viol ce n’est pas le fait d’une pulsion sexuelle non assouvie, c’est un besoin de pouvoir, une prise de pouvoir. Ensuite, qu’est-ce qui empêche un homme de se masturber (en l’absence de handicap moteur) ? Pourquoi cela concernerait-il uniquement les hommes ? Pourquoi est-ce considéré comme un besoin fondamental ? Si nous adhérons sans réserve à l’idée que le contact humain est une nécessité absolue pour la sécurité affective d’une personne, considérer que la sexualité en est une nous questionne. Ne serait-il pas temps de déconstruire cette idée érigée en vérité ?


Sans compter que ces premières considérations n’incluent pas l’horreur de la problématique de la traite des femmes avec des hommes (et des femmes) qui prostituent des jeunes filles et des femmes à leur corps défendant. Les pro-légalisation jugent qu’elle tendrait à disparaître avec l’apparition d’un cadre réglementaire. Les pro-abolition, quant à elles, parient sur, au mieux, un ralentissement, au pire sur une escalade des pratiques à caractère violent qui, ne pouvant plus s’exercer « au grand jour », se concentreraient sur les victimes de la traite. Ainsi se pose encore de manière complexe la question des effets rebonds pour les femmes de la légalisation du recours à une prostituée.  


Malgré la complexité de ces questions, on observe une radicalisation des points de vue et des regards portés sur ces points de vue. Par exemple, aujourd’hui être contre la légalisation est rapidement assimilé aux mouvements Radfem (féministes radicales), eux-mêmes assimilés aux positions transphobes et considérés par une partie des féministes comme des mouvements réactionnaires et datés.


Plutôt que d’encourager ces catégorisations de « réac » ou de « libertarienne » (, plutôt que de s’invectiver et de chercher à asseoir sa vérité, chez OSTARA nous pensons que ces vérités sont multiples, que chaque parcours de vie est unique et s’inscrit dans une société qui les façonne et que par conséquent se positionner pour ou contre la légalisation ou l’abolition, c’est se positionner pour ou contre des femmes, c’est se combattre mutuellement, quand il faudrait pouvoir se concentrer sur l’éradication des violences faites aux femmes, quand il faudrait sortir les femmes de la précarité et empêcher tout acte pédo-criminel. 


Ainsi donc, nous n’avons pas la réponse, loin de là. Nous entendons les arguments des unes et des autres et, force est de constater que la légalisation comme l’abolition ne semblent pas être des solutions viables. Le statu quo actuel non plus : nous ne pouvons pas « faire avec » la présence de femmes vulnérables et/ou précaires dans les rangs des prostituées. Une quatrième voie reste à inventer. A défaut d’en avoir une idée claire, nous préconisons qu’elle repose sur quelques idées maîtresses, des vœux pieux : 

  • Questionner les représentations autour de la sexualité identifiée comme un besoin fondamental

  • Sécuriser les parcours de vie des femmes de manière à ce qu’elle ne soit pas en situation de précarité ou de vulnérabilité, qu’elles puissent ainsi faire des choix en toute liberté

  • Permettre un meilleur accompagnement des mineur·es victimes de violences sexuelles

  • Accompagner chaque femme victime de violences, quels que soient ses choix.

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